Phrase de récupération : sauvegarde et test

Phrase de récupération : sauvegarde et test

Si votre portefeuille matériel tombe dans l'eau demain, vous ne perdez rien : un appareil neuf et vos 12 ou 24 mots suffisent à tout retrouver. Si quelqu'un d'autre lit ces mots, il n'a besoin ni de l'appareil ni de votre code PIN. Toute la sécurité d'un portefeuille en auto-conservation tient donc à cette liste. Chainalysis a compté en 2025 158 000 vols sur des portefeuilles personnels, pour au moins 80 000 victimes et 713 millions de dollars dérobés.

Les conseils ci-dessous valent pour les portefeuilles matériels (Ledger, Trezor, etc.) comme pour les applications de portefeuille. Sur un compte de plateforme comme Kraken, c'est la plateforme qui garde les clés : il n'y a pas de phrase à sauvegarder, et la sécurité passe par le mot de passe et la double authentification du compte.

Ce que contiennent vos 12 ou 24 mots

La plupart des portefeuilles suivent la norme BIP39, publiée en 2013. L'appareil tire au hasard un grand nombre (128 bits pour une phrase de 12 mots, 256 bits pour 24 mots), y ajoute une courte somme de contrôle, puis découpe le tout en blocs de 11 bits. Chaque bloc désigne un mot dans une liste de 2 048. De cette phrase, le portefeuille dérive toutes vos clés privées, sur tous les réseaux.

LongueurHasardSomme de contrôleErreurs aléatoires non détectées
12 mots128 bits4 bitsenviron 1 sur 16
18 mots192 bits6 bitsenviron 1 sur 64
24 mots256 bits8 bitsenviron 1 sur 256

La liste anglaise est construite pour que les quatre premières lettres suffisent à identifier chaque mot : « aban » ne peut être que « abandon ». Quatre lettres lisibles valent mieux qu'un mot entier mal écrit. La phrase n'est pas liée à une marque non plus : elle restaure en général les mêmes comptes dans un autre portefeuille compatible BIP39. Quant à la dernière colonne du tableau, elle signifie qu'une faute de copie peut produire une phrase que le portefeuille accepte sans broncher.

Certains portefeuilles proposent en option une passphrase, parfois appelée « 25e mot ». Chaque passphrase différente ouvre un portefeuille différent, avec ses propres adresses. Elle protège contre quelqu'un qui trouverait votre feuille, mais si vous l'oubliez, les fonds placés derrière elle sont perdus, même avec les 24 mots.

Noter la phrase le jour de l'initialisation

  1. Initialisez l'appareil vous-même, comme un appareil neuf. Si la boîte contient déjà une phrase imprimée ou une carte « pré-remplie », c'est une arnaque documentée par Ledger : la personne qui a écrit cette phrase a accès à tout ce que vous déposerez. Notre article sur le revendeur CryptoBilis montre ce que donne un appareil compromis avant même son déballage.
  2. Recopiez les mots à la main, au stylo, sur la carte fournie ou une feuille vierge, en numérotant chaque mot. L'ordre fait partie de la phrase.
  3. Vérifiez chaque mot dans la liste officielle BIP39 : un mot absent de la liste trahit une faute de recopie.
  4. Ne photographiez pas la phrase, ne la tapez dans aucun fichier, aucune note de téléphone, aucun e-mail ni aucun stockage en ligne. Ledger le formule simplement : la phrase ne doit jamais être saisie dans une application, un site ou un ordinateur.
  5. Ne traduisez pas les mots en français. La norme BIP39 précise que la phrase est convertie en clé telle qu'elle est écrite : la même suite de mots dans une autre langue donne un portefeuille complètement différent, donc vide.
Modèle de fiche de sauvegarde d'une phrase de récupération : 24 cases numérotées où noter les quatre premières lettres de chaque mot, longueur de la phrase, existence d'une passphrase, appareil concerné et date du dernier test
Une fiche bien remplie dit aussi à quel appareil elle correspond et quand elle a été testée pour la dernière fois.

Tester sa sauvegarde sans risque

Le test répond à une seule question : les mots écrits sur votre feuille redonnent-ils exactement le même portefeuille ? Une phrase mal recopiée mais valide ne déclenche aucune erreur, elle ouvre simplement un portefeuille vide. On le découvre en général le jour où l'appareil est perdu, trop tard. Trezor recommande de refaire le test avant chaque mise à jour du micrologiciel et avant toute réinitialisation de l'appareil.

Sur un Ledger : l'application Recovery Check

  1. Dans Ledger Wallet, ouvrez My Ledger, connectez et déverrouillez l'appareil, puis installez l'application Recovery Check depuis le catalogue.
  2. Lancez-la sur l'appareil et choisissez la longueur de la phrase (12, 18 ou 24 mots).
  3. Saisissez chaque mot sur l'appareil, lettre par lettre, puis choisissez-le parmi les suggestions (sur Nano X et Nano S Plus, le mot se tape en entier).
  4. Si tout est juste, l'écran affiche « Phrase is correct ». Désinstallez ensuite l'application, qui prend beaucoup de place.

Recovery Check ne vérifie pas une passphrase : Ledger indique qu'une passphrase, une fois configurée, ne peut pas être contrôlée. Lancez le test sans elle, avec le code PIN normal.

Sur un Trezor : « Check backup »

Dans Trezor Suite, ouvrez les réglages de l'appareil, puis Wallet backup et Check backup. Vous saisissez les mots dans l'ordre sur l'écran du Trezor, qui les compare à la sauvegarde qu'il garde en mémoire sans rien enregistrer. Si vous débranchez l'appareil au milieu, il faut recommencer, sauf pour une sauvegarde à plusieurs parts, dont la saisie peut se faire en plusieurs fois. Si le test échoue et que vous ne retrouvez pas la bonne phrase, Trezor demande de transférer immédiatement les fonds vers un nouveau portefeuille.

Sur un autre portefeuille matériel

Si votre portefeuille n'a pas de fonction de vérification, faites le test avant d'y déposer de l'argent : initialisez, notez la phrase et l'adresse de réception affichée, réinitialisez l'appareil, restaurez-le avec la phrase, puis comparez l'adresse. Identique, la copie est bonne. Différente, recommencez avec une nouvelle phrase. Dans tous les cas, la saisie se fait sur l'écran de l'appareil, jamais sur un ordinateur ou un téléphone.

Papier, métal, coffre : où la conserver

Le papier suffit pour commencer, à condition d'en faire deux copies rangées dans deux lieux différents. Une copie unique à la maison résiste mal à un incendie ou à un dégât des eaux, et deux copies dans le même tiroir partagent les mêmes risques.

Pour une sauvegarde de long terme, les plaques en acier tiennent mieux. Le développeur Jameson Lopp a soumis 75 modèles à trois épreuves : une flamme à 1 093 °C pendant 10 minutes suivie d'un plongeon dans l'eau froide, 12 heures dans de l'acide chlorhydrique à 16 % et une presse hydraulique de 20 tonnes.

SupportPrix indicatif relevé par LoppNote globalePoint faible observé
Plaque simple à points poinçonnés (Hodlinox Single Plate, Blockplate)de 13 € à 79 $Aaucune perte de données
Cryptosteel Capsule (tuiles de lettres dans un tube)109 $A-écrasement (B)
Billfodl (tuiles dans un cadre)55 $Cchaleur (C), écrasement (D)
Cobo Tablet39 $Cchaleur (F), écrasement (D)
Feuille de papiergratuitnon testéefeu et eau

Selon Lopp, les plaques simples où l'on poinçonne des points dans une grille offrent le meilleur rapport qualité-prix, et plus un modèle compte de pièces, plus il a de façons de lâcher. Il conseille aussi d'écarter tout produit dont le fabricant pourrait connaître votre clé, comme ceux qui sont livrés avec une clé déjà inscrite.

Pour le second lieu, un coffre de banque, la maison d'un proche de confiance ou un coffre fixé chez vous conviennent. Ce qui compte : que la copie ne soit pas identifiable au premier regard, et que vous puissiez y accéder sans délai si l'appareil principal casse.

Plusieurs copies, parts ou passphrase : répartir le risque

Chaque copie supplémentaire protège contre la perte et ajoute un endroit où un voleur peut tomber sur la phrase. Les solutions ci-dessous déplacent ce curseur de façons différentes.

MéthodeSi une copie est perdueSi une copie est trouvée
Une seule copiefonds perdus si l'appareil lâche aussifonds volés
Deux copies complètes dans deux lieuxl'autre copie suffitfonds volés
Phrase coupée en deux moitiés rangées séparémentfonds perdus si l'appareil lâche aussila moitié seule ne suffit pas
Sauvegarde à plusieurs parts, 2 sur 3 (SLIP39)les deux autres parts suffisentune part seule ne suffit pas
Phrase + passphrase rangées séparémentperte de la passphrase = fonds perdusla phrase seule ouvre un portefeuille sans les fonds protégés

Couper sa phrase en deux n'apporte aucune redondance : perdre une seule moitié suffit à tout perdre si l'appareil lâche. La sauvegarde à plusieurs parts de Trezor (norme SLIP39) règle ce problème : on crée jusqu'à 16 parts et on choisit combien il en faut pour restaurer, par exemple 2 sur 3. Avec un seuil de 2 sur 3, une part perdue ne bloque rien et une part volée ne donne accès à rien.

Ledger propose de son côté Ledger Recover, un service optionnel et payant fourni par Coincover. L'appareil chiffre le secret, le découpe en trois fragments confiés à Coincover, Ledger et EscrowTech, et deux fragments suffisent pour restaurer, après vérification d'identité. Ledger précise que le service ne sauvegarde pas la passphrase et ne peut pas vous rendre vos 24 mots : il restaure les clés sur un appareil. L'abonnement implique de confier une pièce d'identité et une part du secret chiffré à des sociétés tierces.

Ne jamais la donner : les pièges qui la visent

Pour Ledger, toute demande de votre phrase de récupération, sous quelque forme que ce soit, est une arnaque. Ni Ledger Wallet ni le support Ledger ne vous la demanderont, et Ledger ne contacte jamais ses clients par téléphone ou SMS. Ledger ajoute que ni l'entreprise, ni Coincover, ni la police ne vous appelleront pour vous demander de déplacer vos fonds. Le seul endroit où les mots peuvent être saisis est l'écran de l'appareil, lors d'une restauration.

PiègeCe que vous voyezExemple
Fausse alerte de sécuriténotification urgente, lien vers une page de « vérification »NGRAVE, octobre 2026 : environ 70 portefeuilles vidés via l'application officielle détournée
Courrier papierlettre présentée comme venant de Ledger, QR code vers un site où « valider » l'appareilarnaque « Transaction Check » décrite par Ledger
Appel ou message d'un faux supportinterlocuteur pressant qui demande de déplacer les fondsLedger rappelle qu'il n'appelle jamais
Carte de récupération pré-rempliephrase déjà imprimée dans la boîtearnaque décrite par Ledger dans ses pages de support
Fichier ou photo dans le cloudrien : le vol arrive des mois plus tardcompte e-mail ou stockage en ligne compromis

Chez NGRAVE, l'alerte est arrivée par le canal officiel de l'application, si bien que le réflexe « je ne clique pas sur les liens des e-mails » ne protégeait personne (détails dans notre article sur la fausse alerte NGRAVE). Les fuites de fichiers clients, comme celle de Keystone en octobre avec noms et adresses, donnent de quoi cibler les détenteurs par courrier. Les ruses plus générales sont listées dans notre guide pour éviter les arnaques crypto.

Votre phrase a pu être vue : que faire

Une phrase vue par quelqu'un d'autre, tapée sur un site ou stockée en ligne ne se « répare » pas : il faut changer de portefeuille. Changer le code PIN ne sert à rien, la phrase donne accès aux fonds sans lui.

  1. Préparez un nouveau portefeuille avec une nouvelle phrase, sur un appareil acheté chez le fabricant, par exemple la boutique officielle Ledger. Ne restaurez pas l'ancienne phrase dessus.
  2. Notez et testez la nouvelle phrase comme décrit plus haut, avant tout transfert.
  3. Envoyez une petite somme de l'ancien portefeuille vers une adresse du nouveau, et vérifiez qu'elle arrive.
  4. Transférez le reste, réseau par réseau, sans oublier les jetons sur Ethereum, Solana ou Tron, qui demandent un peu de monnaie du réseau pour payer les frais.
  5. Une fois tout vidé, détruisez l'ancienne feuille et réinitialisez l'ancien appareil.

Agissez vite : dans l'affaire NGRAVE, le premier portefeuille a été vidé six minutes après l'envoi de la fausse alerte.

Cas pratique : un mot illisible sur la feuille

Vous ressortez votre feuille après trois ans : le quatrième mot a pris l'humidité et ne se lit plus. Que reste-t-il à faire ? Nous avons testé la situation par script, sur 20 phrases générées au hasard selon la norme BIP39.

  • Phrase de 12 mots, position du mot connue : sur les 2 048 mots possibles, entre 113 et 146 (128 en moyenne) donnent une phrase valide. Il faut ensuite restaurer chaque candidat et chercher celui qui retrouve vos adresses.
  • Phrase de 24 mots, même situation : entre 5 et 14 candidats valides, 8 en moyenne. C'est la somme de contrôle plus longue qui fait le tri.
  • Mot oublié sans savoir à quelle place : 24 × 2 048 = 49 152 combinaisons à essayer pour une phrase de 24 mots, dont environ 192 passent la somme de contrôle.

Un mot perdu se rattrape donc, avec du temps et un outil hors ligne. Méfiez-vous en revanche des « services de récupération » qui proposent de s'en charger : leur confier les 23 autres mots revient à leur donner le portefeuille. Le même script montre aussi pourquoi le test compte : deux mots voisins inversés passent la somme de contrôle dans 6 % des cas sur une phrase de 12 mots, et le portefeuille restauré est alors vide, sans message d'erreur.

Les erreurs qui reviennent

  • Plusieurs phrases sans étiquette. Avec deux appareils ou une ancienne phrase jamais détruite, on ne sait plus laquelle correspond à quoi. Ledger conseille justement Recovery Check pour faire ce tri.
  • Une passphrase gardée en mémoire seulement. Si elle protège des fonds, elle mérite sa propre sauvegarde, rangée ailleurs que la phrase.
  • Personne n'est au courant. Sans aucune indication, vos proches ne sauront ni que les cryptos existent ni où chercher la phrase.
  • Une sauvegarde jamais retestée. Après un déménagement de la feuille, un changement d'appareil ou l'ajout d'une passphrase, refaites le contrôle.

Pour choisir l'appareil lui-même, voir notre comparatif des portefeuilles froids et l'explication de leur fonctionnement. Ce guide décrit les fonctions des appareils au 5 novembre 2026 d'après la documentation officielle de Ledger et de Trezor, la norme BIP39 et les tests de Jameson Lopp. Ce n'est pas un conseil en investissement.

Questions fréquentes

Non, si vous avez la phrase. Les cryptos ne sont pas dans l'appareil mais sur la blockchain ; l'appareil ne garde que les clés. Restaurez la phrase sur un appareil neuf, de la même marque ou d'une autre marque compatible BIP39, et ajoutez la passphrase si vous en utilisiez une.

C'est déconseillé. Pour l'écrire dans le gestionnaire, il faut taper la phrase sur un ordinateur ou un téléphone, ce que Ledger demande de ne jamais faire. Un logiciel malveillant présent à ce moment-là, ou plus tard l'accès à votre compte, suffit à vider le portefeuille. Le gestionnaire convient en revanche très bien pour le code PIN ou une indication sur l'endroit où se trouve la feuille.

Mieux vaut la garder. Le service restaure les clés sur un appareil Ledger mais ne peut pas vous redonner les mots, et il ne fonctionne que tant que l'abonnement est payé. Sans paiement sous 7 jours, la restauration n'est plus possible ; après 3 mois, l'abonnement est suspendu. Garder une copie papier ou métal reste la seule sauvegarde qui ne dépend de personne.

Pour un voleur qui essaierait de deviner, les deux sont hors de portée : 2 puissance 128 combinaisons pour 12 mots, c'est déjà bien plus que ce qu'un ordinateur peut parcourir. La différence se joue plutôt à la recopie : la somme de contrôle de 24 mots laisse passer environ une erreur sur 256, contre une sur 16 pour 12 mots. Avec 12 mots, le test de la sauvegarde est donc encore plus important.

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