Choisir une plateforme crypto agréée MiCA

Choisir une plateforme crypto agréée MiCA

Depuis le 1er juillet 2026, une plateforme crypto qui sert des clients en France doit être agréée au titre du règlement européen MiCA, en France ou dans un autre pays de l'Union. Les anciens enregistrements PSAN ne suffisent plus, et une société qui continue sans agrément s'expose à figurer sur la liste noire de l'AMF. Dans la version du registre de l'ESMA téléchargée le 7 novembre 2026, 213 prestataires ont le droit de servir des clients en France, dont 36 agréés par l'AMF. Binance et Bitget n'y figurent pas.

Ce guide sert à trier ces 213 noms avant d'ouvrir un compte : vérifier l'agrément de la bonne société, comprendre ce qu'il protège, calculer les frais réels sur un achat, tester un retrait et anticiper la déclaration fiscale. Les exemples chiffrés utilisent Kraken, la plateforme que j'utilise, parce que ses grilles tarifaires sont publiques et détaillées. La méthode vaut pour toutes les autres.

Vérifier l'agrément en cinq minutes

Deux registres officiels se complètent. Celui de l'AMF est le plus simple à lire, celui de l'ESMA dit précisément quelle société est agréée, par qui, pour quels services et dans quels pays.

Sur la liste blanche de l'AMF

  1. Ouvrez les listes blanches de l'AMF et choisissez la catégorie PSCA (prestataires de services sur crypto-actifs).
  2. Cherchez la plateforme par son nom. Le statut affiché doit être « agréé ». Un simple « enregistré » correspond à l'ancien régime PSAN, qui ne donne plus le droit d'exercer.
  3. Comparez le nom de la société avec celui qui figure dans les conditions générales du site où vous comptez ouvrir le compte. Une marque connue peut cacher une société qui n'est pas celle de la liste.
  4. Si vous avez été contacté par téléphone, par e-mail ou via une publicité, cherchez aussi le nom et l'adresse du site dans les listes noires de l'AMF. Seuls les PSCA ont le droit de démarcher.

Dans le registre de l'ESMA

L'ESMA publie un registre provisoire des prestataires agréés MiCA, téléchargeable en CSV et lisible dans n'importe quel tableur. La version téléchargée le 7 novembre compte 397 sociétés dans toute l'Union. Pour une plateforme donnée, quatre colonnes suffisent :

  • ae_lei_name : le nom juridique de la société agréée ;
  • ae_competentAuthority et ac_authorisationNotificationDate : l'autorité qui a délivré l'agrément et sa date ;
  • ac_serviceCode : les services autorisés. Pour acheter, conserver puis retirer, il faut au minimum la conservation, l'échange contre des euros et le transfert de crypto-actifs ;
  • ac_serviceCode_cou : les pays où la société a notifié son passeport européen. FR doit y figurer, sauf si elle est agréée par l'AMF.

La marque ne suffit pas : cherchez la société

L'ESMA insiste sur ce point dans sa déclaration du 17 avril 2026 : les protections MiCA ne s'appliquent qu'à la société agréée dans l'Union, pas aux autres sociétés du même groupe ni aux entités situées hors de l'UE. Kraken en est un bon exemple. Le registre contient deux sociétés irlandaises agréées le même jour, le 25 juin 2025, par la Banque centrale d'Irlande. Payward Europe Solutions Limited a notifié son passeport dans 30 pays, dont la France. Le passeport de Payward Global Solutions Limited ne couvre que l'Irlande et Chypre. Un client français doit donc avoir pour cocontractant la première, ce que l'on vérifie dans les conditions générales.

Schéma : une même marque de plateforme crypto peut regrouper plusieurs sociétés. Seule la société agréée MiCA dont le passeport inclut la France peut servir un client français ; une société sœur sans passeport ou une entité hors Union européenne n'offre pas les protections MiCA
Avant d'ouvrir un compte, comparez le nom de la société dans les conditions générales avec celui du registre de l'ESMA.

Les grandes plateformes agréées accessibles depuis la France

Le tableau reprend les plateformes grand public les plus connues présentes dans le registre de l'ESMA au 7 novembre 2026, avec leur passeport pour la France ou un agrément de l'AMF. Il sert à savoir à qui vous confiez votre argent et dans quel pays cette société est établie, ce qui compte aussi pour les impôts.

PlateformeSociété agrééeAutorité (pays)Agrément
KrakenPayward Europe Solutions LimitedBanque centrale d'Irlande25/06/2025
CoinbaseCoinbase Luxembourg S.A.CSSF (Luxembourg)20/06/2025
BitstampBitstamp Europe S.A.CSSF (Luxembourg)15/05/2025
BitpandaBitpanda GmbHFMA (Autriche)09/04/2025
BitvavoBitvavo B.V.AFM (Pays-Bas)26/06/2025
Crypto.comForis DAX MT LimitedMFSA (Malte)27/01/2025
RevolutRevolut Digital Assets (Europe) LtdCySEC (Chypre)20/10/2025
Trade RepublicTrade Republic Bank GmbHBaFin (Allemagne)28/04/2025
MeriaMeria SASAMF (France)22/06/2026
CoinhouseCoinhouse SASAMF (France)07/05/2026
PaymiumPaymium SASAMF (France)22/06/2026
SwissBorgBlocknodes SASAMF (France)05/03/2026
BitstackBitstack Digital Assets SASAMF (France)30/06/2025

L'agrément n'est pas définitif : une autorité peut le retirer, et le registre a une colonne prévue pour la date de fin. Refaites la vérification une fois par an, ou dès qu'une plateforme vous annonce un changement de société ou de conditions générales.

Ce que l'agrément protège, et ce qu'il ne protège pas

Le règlement (UE) 2023/1114 impose aux plateformes agréées des règles précises :

  • Vos cryptos restent à vous. L'article 70 oblige la plateforme à protéger vos droits de propriété, « en particulier en cas d'insolvabilité », et lui interdit d'utiliser vos crypto-actifs pour son propre compte. L'article 75 exige qu'ils soient séparés de son patrimoine, pour que ses créanciers ne puissent pas les saisir.
  • Vos euros sont placés à part. Les fonds reçus doivent être déposés auprès d'une banque ou d'une banque centrale avant la fin du jour ouvrable suivant, sur un compte distinct de ceux de la plateforme.
  • La plateforme répond des pertes qu'elle cause, dans une limite. Elle est responsable de la perte de vos crypto-actifs résultant d'un incident qui lui est imputable, à hauteur de leur valeur de marché au moment de la perte (article 75, paragraphe 8).
  • Les frais sont publics. L'article 66 l'oblige à publier sa politique de tarification et de frais à un endroit bien visible de son site.
  • Une réclamation est gratuite. La plateforme doit publier sa procédure et fournir un modèle de réclamation (article 71).

L'agrément n'empêche ni un piratage ni une faillite. Le Fonds de garantie des dépôts et de résolution, qui protège vos comptes bancaires, ne couvre pas les crypto-actifs en cas de faillite d'une plateforme, rappelle l'AMF. Même avec des actifs séparés, une faillite prend du temps : les créanciers de Mt. Gox, en faillite depuis 2014, attendent encore une partie de leurs remboursements, comme le raconte notre article sur le report à 2027. Un piratage comme celui de Bitget en septembre a aussi montré qu'une plateforme peut geler les retraits du jour au lendemain.

Le recours en cas de litige dépend du pays de la société. Avec une plateforme agréée par l'AMF, vous pouvez saisir le médiateur de l'AMF. Avec une plateforme agréée dans un autre pays de l'Union, le médiateur ne peut intervenir que sur la documentation commerciale ; pour un problème d'exécution (un retrait bloqué, un ordre mal passé), il faut suivre la procédure prévue par ses conditions générales, parfois dans une autre langue. Meria, Coinhouse ou Paymium ont donc un avantage si vous tenez à un recours en France.

Calculer les vrais frais

Les frais d'une plateforme se lisent à trois endroits : la commission sur l'achat, l'écart de prix (le spread) et les frais de dépôt et de retrait. Le bouton « Acheter » des applications affiche souvent un prix tout compris, sans détailler la répartition.

Chez Kraken, deux interfaces partagent le même compte. Selon la grille de Kraken Pro consultée le 7 novembre 2026, l'application Kraken facture 1 % sur les achats et ventes instantanés, plus un spread qui varie selon le marché et le montant. Kraken Pro fonctionne avec un carnet d'ordres et facture, au premier palier (moins de 2 500 $ échangés sur 30 jours) :

Type d'ordre sur Kraken ProQuandFrais au palier 1
Maker (ordre à cours limité qui attend dans le carnet)Vous fixez un prix légèrement sous le cours et attendez qu'un vendeur vienne0,40 %
Taker (ordre exécuté immédiatement)Ordre au marché, ou ordre limite qui trouve tout de suite un vendeur0,80 %

Les frais baissent ensuite avec le volume échangé sur 30 jours ou, depuis le 9 juillet 2026, avec la valeur des actifs détenus sur la plateforme : à partir de 20 000 $ d'actifs, on passe au palier 3 (0,22 % maker, 0,38 % taker), d'après la page d'aide de Kraken. Les achats instantanés de l'application ne comptent pas dans ce volume.

Pour mesurer le spread sur n'importe quelle plateforme, ouvrez l'écran d'achat et notez le prix proposé, puis comparez-le au même instant avec le cours affiché par le carnet d'ordres de la plateforme ou d'une grande place de marché. L'écart, divisé par le cours, donne le pourcentage payé en plus de la commission. Faites-le sur le montant que vous comptez vraiment acheter : le spread peut grimper avec la taille de l'ordre ou quand le marché s'agite.

Cas pratique : 2 000 € de bitcoin chez Kraken

Le 7 novembre 2026 à 18 h 44 (heure de Paris), le bitcoin cotait 68 014 € sur le marché BTC/EUR de Kraken. Le virement SEPA vers Kraken est gratuit, d'après sa page sur les dépôts. Voici ce que coûtent 2 000 € selon la façon d'acheter, hors spread pour l'achat instantané :

Graphique en barres : pour un achat de 2 000 euros de bitcoin chez Kraken, 20 euros de frais avec l'achat instantané de l'application (1 %, spread en plus), 16 euros avec un ordre au marché sur Kraken Pro (0,80 %) et 8 euros avec un ordre limite maker sur Kraken Pro (0,40 %), puis environ 1 euro pour retirer les bitcoins vers un portefeuille personnel
Frais pour 2 000 € de bitcoin selon la grille de Kraken au 7 novembre 2026. Le spread de l'achat instantané n'est pas compté.

Avec un ordre limite maker, les 2 000 € achètent environ 0,02929 BTC après 8 € de frais, contre environ 0,02911 BTC avec l'achat instantané avant même de compter le spread. La différence de 12 € paraît faible sur un achat, elle devient 144 € par an si vous achetez ce montant tous les mois. Retirer ensuite ces bitcoins vers un portefeuille personnel coûte 0,000015 BTC, soit environ 1 € au cours du jour. Retirer des euros vers votre banque coûte 1 € par virement SEPA, selon la grille des retraits.

Kraken indique aussi que son abonnement Kraken+ supprime les frais de 1 % de l'application jusqu'à 10 000 $ d'achats par mois. Vérifiez son prix et sa disponibilité dans votre pays avant de le comparer à Kraken Pro, qui ne demande aucun abonnement.

Tester le retrait avant d'en avoir besoin

Testez les retraits dans la première semaine, avec de petits montants, pour connaître les délais et les frais avant d'en avoir besoin :

  1. Déposez un petit montant par virement SEPA depuis un compte bancaire à votre nom.
  2. Renvoyez quelques euros vers votre banque et notez le délai réel, à comparer à celui annoncé par la plateforme.
  3. Achetez une petite quantité de crypto et retirez-la vers votre propre portefeuille, en vérifiant le réseau choisi et les premiers et derniers caractères de l'adresse. Une fois le test réussi, la plateforme peut enregistrer l'adresse dans une liste blanche : activez-la avec la double authentification.
  4. Au-delà de 1 000 €, attendez-vous à devoir prouver que le portefeuille de destination vous appartient. Le règlement européen sur les transferts de fonds (2023/1113, articles 14 et 16) oblige la plateforme à le vérifier pour tout transfert de plus de 1 000 € vers ou depuis une adresse auto-hébergée. Cette demande est normale, tant qu'on ne vous demande jamais votre phrase de récupération.

Pour ce que vous gardez longtemps, un portefeuille matériel comme le Ledger vous évite de dépendre de la plateforme. Notre comparatif des portefeuilles froids aide à choisir l'appareil.

Plateforme étrangère : le formulaire 3916-bis

Le pays de la plateforme change aussi votre déclaration de revenus. L'article 1649 bis C du Code général des impôts oblige à déclarer chaque année les comptes d'actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'organismes établis à l'étranger. Ce qui compte est le pays de la société qui tient le compte, celui que donne le tableau plus haut : une société irlandaise, luxembourgeoise ou maltaise impose un 3916-bis, même si le compte est resté inactif toute l'année ; une société établie en France, en principe non.

L'oubli est sanctionné : l'article 1736 du CGI prévoit 750 € d'amende par compte non déclaré, portés à 1 500 € quand la valeur des comptes concernés dépasse 50 000 € à un moment de l'année. Notre guide pour déclarer ses cryptos aux impôts détaille le 3916-bis, le formulaire 2086 et les échanges d'informations entre plateformes et administration prévus par la directive DAC8.

Les erreurs qui reviennent

  • Ouvrir un compte depuis une publicité ou un lien reçu par message. Tapez l'adresse vous-même ou passez par le site trouvé dans le registre de l'ESMA (colonne ae_website).
  • Se contenter de la marque. Un site au nom connu mais exploité par une société hors Union ne vous apporte aucune des protections listées plus haut.
  • Rester sur une plateforme qui a perdu le droit d'exercer. Si la vôtre n'est plus dans les registres, l'ESMA recommande de transférer vos cryptos sans attendre vers une plateforme agréée ou votre propre portefeuille.
  • Comparer les plateformes sur la seule commission affichée. Sur un achat instantané, le spread s'ajoute à la commission, et un retrait cher ou lent peut effacer l'économie.
  • Oublier qu'un stablecoin peut disparaître d'une plateforme agréée : l'USDT a été retiré des plateformes européennes faute de conformité MiCA, comme l'explique notre article sur les stablecoins et MiCA.

Pour vos tout premiers achats et le choix des cryptos, voir aussi acheter ses premières cryptomonnaies. Les données d'agrément de ce guide viennent du registre de l'ESMA téléchargé le 7 novembre 2026 et des listes de l'AMF ; les frais, des pages officielles de Kraken à la même date. Ils peuvent changer : vérifiez-les avant d'ouvrir un compte. Ce n'est pas un conseil en investissement.

Questions fréquentes

Binance n'a pas d'agrément MiCA et ne propose plus ses services aux résidents français depuis le 1er juillet 2026. Retirez vos fonds vers une plateforme agréée ou vers votre propre portefeuille, en commençant par un petit retrait test.

Non. Depuis le 1er juillet 2026, le statut PSAN ne permet plus de proposer des services sur crypto-actifs en France. Les sociétés qui n'avaient que ce statut doivent arrêter leur activité et informer leurs clients du sort de leurs cryptos. Seul compte désormais l'agrément PSCA, délivré par l'AMF ou par l'autorité d'un autre pays de l'Union.

Un deuxième compte vérifié sert de solution de repli si la première plateforme gèle les retraits après un incident ou bloque votre compte le temps d'un contrôle. Chaque compte ouvert auprès d'une société étrangère ajoute en revanche une ligne au 3916-bis, et chaque vente doit être reprise dans le calcul du formulaire 2086.

Les banques et courtiers qui proposent des cryptos doivent être immatriculés sur le registre Regafi, et certains figurent aussi dans le registre de l'ESMA, comme Trade Republic ou N26. Vérifiez si vous achetez de vraies cryptos que vous pouvez retirer vers votre portefeuille, ou un produit qui suit leur cours (ETN, ETC, CFD), qui relève d'autres règles et ne se retire pas.

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