Les règles d'Elliott expliquées et leur PDF
La théorie des vagues d'Elliott fait partie de ces outils d'analyse technique qu'on croise partout dès qu'on s'intéresse au trading de cryptomonnaies. Sur Twitter ou TradingView, on voit fleurir des graphiques du Bitcoin annotés de chiffres de 1 à 5 et de lettres A, B, C, avec une conviction parfois étonnante. Derrière ces annotations, il y a une idée assez simple : les marchés montent et descendent selon des motifs répétitifs, parce que la psychologie des investisseurs suit elle-même des cycles.
On vous explique ici la structure de base, les trois règles à ne jamais enfreindre, les ratios de Fibonacci qui servent à estimer les objectifs de prix, les différentes formes de correction et, surtout, les limites de la méthode. Vous trouverez aussi en fin d'article la version PDF de ces règles à télécharger.
D'où vient la théorie des vagues d'Elliott ?
Ralph Nelson Elliott (1871-1948) était comptable de formation. Contraint d'arrêter de travailler à cause de la maladie, il a consacré les années 1930 à éplucher des décennies de données boursières américaines, sur des échelles allant de l'année à l'heure. Il en a tiré une conviction : les marchés ne bougent pas au hasard, ils progressent par vagues dont les proportions se répètent.
Il a publié ses conclusions en 1938 dans The Wave Principle, puis, en 1946 dans Nature's Law, les a reliées à la suite de Fibonacci et au nombre d'or (environ 1,618), qu'on retrouve un peu partout dans la nature. La théorie a ensuite été popularisée à partir de 1978 par Robert Prechter et A. J. Frost, avec le livre Elliott Wave Principle.
Pourquoi ça fonctionnerait ? Parce qu'un marché, c'est d'abord une foule. L'optimisme et la peur se propagent, s'amplifient puis s'épuisent, et ces phases laissent des traces reconnaissables sur un graphique. Les cryptomonnaies, où les particuliers et les émotions pèsent lourd, s'y prêtent particulièrement bien.
La structure de base : 5 vagues de tendance, 3 vagues de correction
Un cycle complet se compose de huit vagues :
- une phase d'impulsion en cinq vagues, numérotées de 1 à 5, dans le sens de la tendance principale ;
- une phase de correction en trois vagues, notées A, B et C, dans le sens inverse.

Dans l'impulsion, les vagues 1, 3 et 5 vont dans le sens de la tendance, tandis que les vagues 2 et 4 sont de petites corrections. Dans la phase corrective, A et C vont contre la tendance, B est un rebond. L'objectif du trader est assez intuitif : acheter à la fin d'une correction (fin de vague 2, 4 ou C) pour profiter de la vague suivante.
Chaque vague a sa personnalité :
- Vague 1 : le début de la hausse, souvent accueilli avec scepticisme. Peu de monde y croit.
- Vague 2 : une correction parfois brutale, qui fait croire à beaucoup que la tendance baissière reprend.
- Vague 3 : généralement la plus longue et la plus puissante. Les volumes augmentent, les médias commencent à en parler.
- Vague 4 : une consolidation plus lente, souvent en « range ».
- Vague 5 : la dernière poussée, portée par l'euphorie et l'arrivée des retardataires, avec des indicateurs de momentum qui s'essoufflent.
Des vagues dans les vagues
La théorie est fractale : chaque vague se décompose elle-même en vagues de degré inférieur. Une vague d'impulsion (1, 3, 5, A ou C selon le cas) contient cinq sous-vagues, une vague corrective en contient trois. Un cycle visible sur un graphique hebdomadaire se retrouve donc, en plus petit, sur le graphique journalier, puis sur le graphique en 4 heures.
Sur ce schéma, la ligne du haut montre le cycle complet, la deuxième ligne décompose chaque vague en sous-vagues, et la troisième va encore un niveau plus loin. Elliott avait défini neuf degrés, du « Grand Supercycle » sur plusieurs siècles jusqu'au « Subminuette » sur quelques minutes. En pratique, retenez surtout qu'il faut toujours savoir à quel degré on travaille avant de compter.
Les 3 règles intangibles
Ce sont les seules règles au sens strict. Si l'une d'elles est violée, votre comptage est faux et il faut le reprendre :
- La vague 2 ne retrace jamais plus de 100 % de la vague 1. Si le prix repasse sous le point de départ de la vague 1, ce n'était pas une vague 1.
- La vague 3 n'est jamais la plus courte des trois vagues d'impulsion (1, 3 et 5). Elle est souvent la plus longue, mais elle peut ne pas l'être.
- La vague 4 ne pénètre jamais dans la zone de prix de la vague 1. Le point bas de la vague 4 doit rester au-dessus du sommet de la vague 1, sauf dans des cas particuliers (triangles diagonaux) plus rares.
Ces règles ont un vrai intérêt pratique : elles donnent des niveaux d'invalidation. Si vous achetez en pensant être en fin de vague 2, le point de départ de la vague 1 est un emplacement logique pour votre stop loss. On explique comment les placer dans notre article sur les take profit et stop loss.
Les lignes directrices (à ne pas confondre avec les règles)
À côté des trois règles, Elliott et ses successeurs ont observé des tendances fréquentes, mais pas systématiques :
- L'extension : l'une des trois vagues d'impulsion est souvent beaucoup plus longue que les deux autres et se subdivise elle-même clairement en cinq. Sur les marchés actions, c'est souvent la vague 3 ; en crypto, la vague 5 s'étend aussi régulièrement, portée par l'euphorie.
- L'alternance : si la vague 2 est une correction brusque et profonde, la vague 4 sera plutôt lente et latérale, et inversement.
- L'égalité : quand la vague 3 est en extension, les vagues 1 et 5 ont tendance à avoir une amplitude comparable.
- La zone de fin de correction : une correction A-B-C se termine souvent dans la zone de la vague 4 du cycle précédent.
- La relation A et C : les vagues A et C sont souvent proches en amplitude et en durée.
Les ratios de Fibonacci pour estimer les objectifs
C'est là que la théorie devient opérationnelle. Les amplitudes des vagues respectent souvent les ratios de Fibonacci (23,6 %, 38,2 %, 50 %, 61,8 %, 100 %, 161,8 %). Si vous ne maîtrisez pas encore l'outil, notre article sur les retracements de Fibonacci et le Bitcoin vous montre comment le tracer.
| Vague | Ratio le plus fréquent | Mesuré par rapport à |
|---|---|---|
| Vague 2 | 50 % à 61,8 % de retracement | La vague 1 |
| Vague 3 | 161,8 % (parfois 261,8 %) | La vague 1 |
| Vague 4 | 23,6 % à 38,2 % de retracement | La vague 3 |
| Vague 5 | 100 % de la vague 1, ou 61,8 % de la distance 1 à 3 | La vague 1 ou l'ensemble 1-3 |
| Vague B | 50 % à 61,8 % de retracement | La vague A |
| Vague C | 100 % (parfois 161,8 %) | La vague A |
Ces ratios ne sont pas des certitudes, mais des zones où le prix a statistiquement plus de chances de réagir. Plus plusieurs ratios convergent vers le même niveau (par exemple un retracement de 61,8 % qui tombe sur un ancien support), plus la zone est intéressante à surveiller.
Les principales formes de correction
Si les impulsions sont relativement faciles à repérer, les corrections sont le vrai casse-tête des elliotticiens. Elles prennent plusieurs formes.
Le zigzag (5-3-5)
C'est la correction la plus nette : la vague A descend en cinq sous-vagues, B rebondit faiblement en trois, puis C redescend en cinq, généralement sous le point bas de A. Le zigzag est rapide et profond. Il peut se doubler (double zigzag) quand le premier ne suffit pas à corriger l'excès de la tendance.

Le flat (3-3-5)
Dans un flat, la correction est plutôt latérale : la vague B remonte jusqu'au niveau du début de A, voire au-dessus (on parle alors de flat étendu), et la vague C termine à peu près au niveau de A. Le flat traduit une tendance de fond solide, que les vendeurs ne parviennent pas à inverser.

Le triangle (3-3-3-3-3)
Le triangle compte cinq vagues, notées A, B, C, D et E, chacune composée de trois sous-vagues. Les oscillations se resserrent (ou, plus rarement, s'élargissent) entre deux droites. On le rencontre presque toujours en vague 4 ou en vague B, juste avant le dernier mouvement dans le sens de la tendance.


Les corrections doubles et triples
Quand une correction simple ne suffit pas, le marché enchaîne deux, voire trois structures correctives reliées par une vague notée X. On obtient alors des combinaisons (par exemple un zigzag suivi d'un flat) qui rendent le comptage particulièrement délicat. C'est souvent le signe d'un marché hésitant, sans direction claire.

La vague 5 tronquée
Parfois, la vague 5 ne parvient pas à dépasser le sommet de la vague 3. On parle de vague 5 tronquée, ou avortée. C'est un signal de faiblesse important : les acheteurs sont épuisés, et la correction qui suit est souvent violente.
Appliquer les vagues d'Elliott aux cryptomonnaies
Le marché crypto a quelques particularités à garder en tête :
- Il ne ferme jamais. Les vagues se forment 24 heures sur 24, week-end compris, ce qui donne des graphiques plus continus que sur les marchés actions.
- Il est très volatil. Les extensions de vague 5 et les mèches qui cassent brièvement un niveau sont fréquentes. Un comptage peut sembler invalidé par une simple mèche, puis redevenir valable à la clôture.
- Il est piloté par quelques gros événements (halving du Bitcoin, décisions réglementaires, ETF) qui peuvent casser une structure en quelques heures.
Notre conseil : travaillez d'abord sur des unités de temps longues (hebdomadaire, journalier), où les structures sont plus lisibles, et gardez toujours plusieurs scénarios en tête. Un bon elliotticien ne dit pas « le Bitcoin va aller à tel prix », il dit « tant que tel niveau tient, le scénario principal est celui-ci ; sous tel niveau, c'est le scénario alternatif ».
Sur TradingView, l'outil « Vague d'Elliott » (dans les outils de tracé de modèles) permet de placer les points 1 à 5 et A-B-C, et l'outil Fibonacci vous donne les niveaux de retracement et d'extension en quelques clics.
Les limites de la méthode
Il faut être honnête : la théorie des vagues d'Elliott est l'une des méthodes les plus subjectives de l'analyse technique. Deux analystes expérimentés peuvent compter le même graphique de façon totalement différente, et le comptage « évident » a souvent l'air évident surtout après coup.
Pour limiter ce biais :
- respectez strictement les trois règles, sans les tordre pour faire coller votre scénario ;
- confirmez avec d'autres indicateurs, par exemple le RSI, dont les divergences signalent souvent l'essoufflement d'une vague 5 ;
- croisez avec les supports et résistances : une fin de vague 4 qui tombe sur un support solide est beaucoup plus crédible ;
- définissez à l'avance le niveau qui invalide votre scénario, et tenez-vous-y.
Les règles d'Elliott en PDF
Pour garder l'essentiel sous la main pendant vos analyses, voici la version PDF des règles d'Elliott à télécharger. Elle reprend la structure 5-3, les règles intangibles et les principales formes de correction.
Questions fréquentes sur les vagues d'Elliott
La vague 2 ne retrace jamais plus de 100 % de la vague 1, la vague 3 n'est jamais la plus courte des vagues d'impulsion 1, 3 et 5, et la vague 4 ne pénètre jamais dans la zone de prix de la vague 1. Si l'une de ces règles est violée, le comptage des vagues est faux.
Un cycle complet compte huit vagues : cinq vagues d'impulsion numérotées de 1 à 5 dans le sens de la tendance, puis trois vagues de correction notées A, B et C. Chaque vague se décompose elle-même en sous-vagues de degré inférieur.
Oui, la méthode s'applique au Bitcoin et aux autres cryptomonnaies, dont les cycles d'euphorie et de peur sont très marqués. Leur forte volatilité rend toutefois le comptage plus délicat : mieux vaut travailler sur des unités de temps longues et toujours prévoir un scénario alternatif.
C'est une méthode utile mais subjective : deux analystes peuvent compter différemment le même graphique. Elle gagne en fiabilité quand on respecte strictement ses règles, qu'on définit un niveau d'invalidation et qu'on la confirme avec d'autres outils comme le RSI, Fibonacci ou les supports et résistances.
Pour conclure
La théorie des vagues d'Elliott ne prédit pas l'avenir, mais elle donne une grille de lecture précieuse : où en est la tendance, quel est le scénario le plus probable, et à partir de quel niveau il faut admettre qu'on s'est trompé. Utilisée avec rigueur, en respectant ses trois règles et en la combinant à d'autres outils, elle aide à prendre des décisions moins impulsives.
Commencez par repérer des impulsions évidentes sur des graphiques passés, entraînez-vous à compter sans regarder la suite, puis comparez. C'est la meilleure façon de développer l'œil. Et si vous avez des questions sur un comptage, posez-les en commentaire.
Hilary le 08 novembre 2022
Peut on considérer les consolidations que le prix fait entre deux support en tant que vague où l’ont doit attendre d’abord la cassure des zones
Louis le 08 novembre 2022
Une vague est une hausse ou une baisse. Une consolidation fait théoriquement partie de la vague.
Hilary le 03 novembre 2022
A partir de quel Time frime doit on commencer à compter les vagues
Louis le 03 novembre 2022
Il n'y a pas de règle pour cela. Chacun choisit le time frame avec lequel il est à l'aise. tout dépend de votre implication et fréquence de trade.
Rems le 22 juin 2022
Bonjour,
Tout d'abord merci beaucoup pour votre cours.
Il manque une partie de la phrase
Si la droite ACE pointe vers le haut, le marché est baissier. Si la droite ACE
Pouvez vous la compléter svp
Merci d'avance
Louis le 23 juin 2022
Bonjour, bien vu, désolé pour cela. "Si la droite pointe vers le bas, le marché est haussier comme représenté sur le graphique qui suit. Merci à vous.
Takli le 15 octobre 2021
Bonjour Louis, votre article m'a vraiment permis de comprendre beaucoup de choses sur la progression et la correction du marché.
Merci
mike le 08 mars 2021
bonjour merci pour votre article cependant j’ai une question
l’or d’une correction en flat par exemple est ce que la vague B peut avaler la vague A ? merci d’avance
Louis le 30 mars 2021
Bonjour Mike, Je ne comprends pas bien votre question, que voulez-vous dire par « avaler » ?
Cartau le 25 octobre 2020
Je viens de tomber sur ce super article
Pas beaucoup de ressources sur internet je trouve quant il s’agit des vagues spécifiques
Cet article est super et tombe donc à pic!
Merci
Alain Durand le 06 juin 2020
Bravo et merci. Une petite question cependant : Je ne vois pas dans ce document la relation, pourtant essentielle en tant que trader, avec Fibonnacci. Vous avez une solution à me proposer ? Merci d’avance
Louis le 24 octobre 2020
Merci pour les encouragements. Pour la relation avec Fibonacci, vous pouvez consulter cliquer ici.
Fred le 06 juin 2020
Bjr,
Le pb avec les vagues d’Elliot est de pouvoir affirmer que telle vague est belle et bien la vague 1. C’est loin d’être évident de la détecter avec certitude, non ?
Louis le 06 juin 2020
Bonjour, oui c’est souvent le problème mais votre plan de départ doit pouvoir s’adapter si vous vous êtes trompés. Il y a aussi les stop-loss qui existent et qui vous permettent de ne pas perdre trop d’argent lorsque vous tradez. Il faut y penser avant de placer votre trade.
Ib le 27 mai 2020
Merci pour le partage ?
Connais tu le Emrys coin ? Je pense qu’il a énormément de potentielle.
En tous cas, bonne continuation ?
Louis le 27 mai 2020
Bonjour, non je ne connais pas. Je vais jeter un oeil. Merci pour les encouragements
BERD Achour le 27 septembre 2025
Super.
Merci bcp.
Répondre