Strategy exclue du MSCI ? Ce qui change
Jeudi 15 octobre à 22 h 48 (heure de Paris), MSCI a publié le résultat de sa consultation : les entreprises qui se contentent de détenir des actifs, sans exploiter de véritable activité, ne pourront plus figurer dans ses indices mondiaux. La règle ne cite aucun nom, mais tout le monde a compris qui était visé. Strategy, l'ex-MicroStrategy de Michael Saylor et ses 848 250 BTC, a perdu 9,56 % le lendemain à Wall Street, clôturant à 136,83 $ (StockAnalysis).
Le cours du bitcoin, lui, n'a presque pas bougé : environ 81 500 $ samedi matin. Ce décalage dit l'essentiel. La sortie des indices MSCI frappera d'abord l'action, mais la manière dont Strategy se finance, et donc sa capacité à continuer d'acheter du bitcoin, mérite qu'on regarde de plus près.
La règle adoptée le 15 octobre
MSCI avait mis sa proposition en consultation le 3 août, avec des commentaires attendus jusqu'au 30 septembre. Il l'adopte « avec des modifications mineures », sans préciser lesquelles. Le filtre fonctionne en deux temps :
- Le test des actifs opérationnels. Une entreprise dont les actifs d'exploitation dépassent la moitié du total passe sans encombre (seuil de 50 % rapporté par Crypto Briefing et Protos). Pour Strategy, dont l'essentiel du bilan est fait de bitcoins, ce premier test est perdu d'avance.
- Cinq ratios financiers. Les entreprises recalées au premier test passent cinq ratios portant sur les dépenses, les flux de trésorerie, les variations de valeur des actifs et le recours aux financements extérieurs. Être signalée sur quatre des cinq rend l'action inéligible.

Deux garde-fous limitent la casse. Une entreprise déjà présente dans un indice n'en sort que si elle échoue sur ses deux derniers exercices annuels ; une entreprise extérieure ne peut pas entrer si elle échoue sur l'un des deux. Et MSCI met fin aux mesures provisoires du 10 octobre 2025, qui gelaient le nombre d'actions pris en compte pour toute société détenant plus de 50 % de son bilan en cryptos. Concrètement, depuis un an, Strategy pouvait émettre autant d'actions qu'elle voulait : les fonds indiciels n'en rachetaient pas une de plus.
Le mot « crypto » n'apparaît pas dans le critère. MSCI excluait déjà les fonds d'investissement et les véhicules de placement passifs ; il étend simplement cette logique aux entreprises cotées qui en ont le profil. Lors de sa simulation sur les données de mai 2026, MSCI a d'ailleurs repéré un troisième candidat qui n'a rien de crypto : Yellow Cake, une société britannique qui stocke de l'uranium.
Le calendrier jusqu'au 30 novembre
| Date | Événement |
|---|---|
| 15 octobre 2026 | MSCI adopte la règle sur les sociétés « non opérationnelles » |
| 28 octobre 2026 | Assemblée spéciale des actionnaires de Strategy sur le dividende quotidien de ses actions préférentielles STRC |
| 11 novembre 2026 | Publication de la liste définitive des sociétés concernées, avec l'annonce de la revue trimestrielle |
| 30 novembre 2026, clôture | Entrée en vigueur : les fonds indiciels vendent les titres exclus |
Entre la liste et la date d'effet, il reste 19 jours. Sur Polymarket, la probabilité d'une sortie de Strategy des indices MSCI cette année est passée d'environ 80 % avant l'annonce à plus de 90 % après, selon Cryptoticker. Rien n'est officiel avant le 11 novembre, mais le marché a déjà tranché.
Strategy, Metaplanet et la liste de surveillance
Strategy est la cible évidente. Ses revenus logiciels (elle vend toujours des outils d'analyse de données à des clients comme Coca-Cola ou Porsche, rappelle CoinDesk) pèsent peu face à un trésor de 848 250 bitcoins, environ 4 % des 21 millions qui existeront un jour. Michael Saylor défend l'idée d'une entreprise opérationnelle dotée d'une branche logicielle, et la société a qualifié la proposition de « discriminatoire, arbitraire et malavisée » dans sa lettre du 31 août. Dans son communiqué de vendredi, elle ajoute que la distinction entre « opérationnel » et « non opérationnel » n'a aucun fondement dans les normes comptables américaines (US GAAP) ou internationales (IFRS).
Metaplanet, le « Strategy japonais », est l'autre nom cité par toute la presse. Son action a clôturé vendredi à 277 yens, contre un pic de 1 930 yens en juin 2025 (CoinDesk, d'après TradingView), soit −86 %. Selon Cryptoticker, elle figure dans le MSCI Japan IMI et plusieurs indices de petites capitalisations.
Plusieurs noms sont en sursis plutôt que menacés : SharpLink, qui accumule de l'ether, ainsi que Center Laboratories et Lydia Holding étaient placés sur liste de surveillance dans la simulation de mai, selon Crypto Briefing. L'action SharpLink a quand même perdu 7,46 % dans la foulée, d'après The Block.
Combien d'actions seront vendues
D'après Strategy elle-même, les fonds qui répliquent les indices MSCI détiennent environ 13 millions d'actions, soit 3,1 % de son capital. Au cours de clôture de vendredi, cela représente à peu près 1,8 milliard de dollars. La société insiste sur un point : c'est moins qu'une journée d'échanges, puisque le volume quotidien moyen tourne autour de 21,9 millions d'actions (The Crypto Times).

Le chiffre qui circule le plus est plus élevé : 2,8 milliards de dollars de ventes forcées, une estimation de JPMorgan de novembre 2025, calculée sur l'ancienne version de la règle et un cours bien plus haut. La même banque montait à 8,8 milliards si d'autres fournisseurs d'indices suivaient l'exemple de MSCI. C'est ce second scénario qu'il faudra surveiller : la décision de MSCI ne s'applique qu'à ses propres indices.
Une précision qui évite bien des contresens : sortir d'un indice n'est pas une radiation. L'action reste cotée sur le Nasdaq, et ceux qui la détiennent en direct n'ont rien à faire.
Et le bitcoin dans tout ça ?
Les fonds indiciels vendront des actions Strategy, pas des bitcoins. L'effet direct sur le cours du BTC est donc nul, et le marché l'a confirmé jeudi soir en ne bougeant pas. L'effet indirect passe par le modèle de financement de l'entreprise, et c'est là que la situation s'est tendue.
Strategy achète ses bitcoins avec l'argent qu'elle lève en émettant des actions ordinaires et des actions préférentielles (STRC, STRK). Ce mécanisme fonctionne tant que l'action vaut plus cher que les bitcoins qu'elle représente. Ce n'est plus le cas : vendredi soir, la capitalisation boursière était de 52,6 milliards de dollars (StockAnalysis), pour des bitcoins valorisés autour de 69,7 milliards selon Bitcoin Treasuries, cité par CoinDesk. Le « mNAV », ce rapport entre valeur boursière et valeur des bitcoins, est donc passé sous 1 : l'action se négocie près d'un quart sous la valeur de son trésor, sans même compter la dette et les préférentielles qui passent avant les actionnaires. Émettre de nouvelles actions dans ces conditions reviendrait à vendre du bitcoin au rabais.
Les achats ont d'ailleurs ralenti. Selon Invezz, Strategy n'a acquis que 250 BTC (21,5 millions de dollars) la semaine dernière ; la semaine close le 4 octobre, elle avait consacré 176 millions de dollars à racheter ses propres actions STRC, plus de six fois ses 28 millions d'achats de bitcoin. Avec la fin du gel décidée par MSCI, les fonds indiciels auraient de nouveau absorbé une partie de chaque émission d'actions. Une sortie des indices supprime ces acheteurs automatiques au moment où Strategy en aurait le plus besoin.
Reste la question qui inquiète : Strategy pourrait-elle vendre des bitcoins ? Depuis le 29 juin, son « Digital Credit Capital Framework » l'y autorise pour des usages précis : jusqu'à 1,25 milliard de dollars pour constituer une réserve en dollars couvrant au moins 12 mois de dividendes et d'intérêts, et jusqu'à 1 milliard chacun pour racheter ses titres de crédit ou ses actions ordinaires (CoinDesk). Toute vente au-delà exige un nouveau vote du conseil. Le dividende de STRC est passé à 12 % par an à cette occasion, et Strategy a déjà déclaré des dividendes quotidiens pour novembre, sous réserve du vote du 28 octobre. Ces engagements se paient en dollars, chaque jour.
Mon avis : une vente massive reste peu probable à court terme, l'entreprise n'y est pas obligée et ses plafonds sont connus. Mais l'image d'un Strategy qui achète du bitcoin chaque semaine, quoi qu'il arrive, ne tient plus. C'est une lecture des faits, pas un conseil en investissement.
Vous avez un ETF MSCI World ? Ce qui se passe pour vous
Selon Cryptoticker, Strategy fait partie du MSCI World et du MSCI USA. Si vous investissez dans un ETF MSCI World, l'action quittera votre fonds le 30 novembre si la liste du 11 novembre la confirme. Tout dépend de la manière dont le fonds est construit :
- ETF à réplication physique : le fonds détient réellement les actions de l'indice. Il vendra ses titres Strategy à la clôture du 30 novembre, comme tous les fonds du même indice, ce qui explique la concentration des ventes sur une seule séance ;
- ETF éligibles au PEA : ils détiennent un panier d'actions européennes et reçoivent la performance de l'indice grâce à un contrat d'échange (swap) avec une banque, comme le détaille Bourse Inside. Ils ne possèdent pas d'actions Strategy : la composition de l'indice change, la performance qu'ils répliquent avec.
Dans les deux cas, vous n'avez rien à faire. Strategy pèse très peu dans un indice qui compte plusieurs centaines de grandes entreprises, et la sortie d'une ligne ne change pas le coût ni la nature de votre ETF. Pour vérifier, ouvrez la fiche de votre fonds chez l'émetteur, repérez l'indice suivi, puis cherchez « MSTR » ou « Strategy Inc » dans la liste des positions (les fichiers les plus anciens indiquent encore « MicroStrategy »). Regardez la date du fichier : une liste antérieure au 30 novembre montrera toujours l'action.
Une conséquence pratique pour ceux qui voyaient dans leur ETF Monde une petite exposition au bitcoin « par la bande » : elle va disparaître. Si vous voulez détenir du bitcoin, le plus simple reste de l'acheter en direct sur une plateforme agréée MiCA comme Kraken, puis de le garder sur un portefeuille dont vous détenez les clés : mon comparatif des portefeuilles froids vous aidera à choisir. Pour s'exposer via un produit coté, les ETF bitcoin au comptant restent une autre voie, dont j'ai parlé à propos des décisions de la SEC sur les ETF crypto.
Questions fréquentes
Non. MSCI a adopté la règle le 15 octobre 2026 mais ne nomme aucune entreprise. La liste définitive sera publiée le 11 novembre, avec la revue trimestrielle des indices, et les changements prendront effet à la clôture du 30 novembre. Strategy a été repérée dans la simulation de MSCI sur les données de mai 2026, ce qui en fait la candidate la plus probable.
Oui, en théorie, mais pas rapidement. Une entreprise hors indice ne peut y entrer que si elle passe le filtre sur chacun de ses deux derniers exercices annuels. Il faudrait donc que Strategy développe une activité opérationnelle suffisante et la maintienne pendant deux ans, ou que MSCI révise sa méthodologie.
Rien ne l'indique pour l'instant : la décision du 15 octobre ne concerne que les indices MSCI. Les fonds qui suivent d'autres familles d'indices, comme le FTSE All-World ou des indices maison, appliquent leurs propres critères. JPMorgan estimait fin 2025 que les ventes forcées pourraient atteindre 8,8 milliards de dollars si d'autres fournisseurs suivaient MSCI.
Prochain rendez-vous le 11 novembre, avec la liste de MSCI. Si vous détenez des actions Strategy ou Metaplanet en direct, dites-moi en commentaire ce que vous comptez en faire : ce qui m'intéresse, c'est la façon dont vous lisez la décote actuelle par rapport aux bitcoins détenus.
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