Libra (Facebook) : pourquoi l'abandon ?
Le projet Libra est mort. Annoncé en juin 2019 par Facebook et une trentaine de partenaires (Mastercard, Visa, PayPal, Uber, Spotify, Vodafone...), il devait devenir une monnaie numérique mondiale. Après deux ans de bras de fer avec les régulateurs, il a été rebaptisé Diem en 2020, puis abandonné en janvier 2022. Cet article raconte ce qu'était Libra, pourquoi il a échoué et ce qu'il en reste.
L'ambition de Libra
La vision de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, était de faciliter les paiements entre particuliers : envoyer de l'argent devait être aussi simple que d'envoyer une photo sur Messenger. Libra devait être un stablecoin, adossé à un panier de monnaies et de titres de dette publique, donc sans les fluctuations du Bitcoin.
L'association Libra, basée à Genève, devait réunir des dizaines de sociétés qui auraient chacune validé les transactions. Le portefeuille associé s'appelait Calibra, rebaptisé Novi par la suite.
Protocole & développement
Le réseau reposait sur un protocole de consensus de type Byzantine Fault Tolerance (BFT), réservé à des validateurs choisis, sans Proof-of-work ni Proof-of-stake ouverts à tous. Il visait des milliers de transactions par seconde, là où le Bitcoin en traite environ 7. Les contrats étaient écrits en Move, un langage open source créé pour l'occasion, qui existe encore aujourd'hui et a été repris par d'autres blockchains.
Ce qui s'est passé
- Juin 2019 : annonce de Libra et publication du livre blanc.
- Automne 2019 : Visa, Mastercard, PayPal, eBay et d'autres quittent l'association sous la pression des régulateurs.
- Décembre 2020 : le projet est rebaptisé Diem, avec un seul stablecoin adossé au dollar, plus modeste.
- Janvier 2022 : l'association Diem est dissoute et ses actifs sont vendus à la banque américaine Silvergate (environ 200 millions de dollars).
La cryptomonnaie n'a donc jamais été lancée : il n'y a aucun Libra ni aucun Diem à acheter.
Peut-on acheter des Libras ?
Non. Le portefeuille Novi a été fermé en 2022 et aucun jeton Libra ou Diem n'a jamais été mis en circulation. Méfiez-vous de tout site ou toute application qui prétend en vendre : il s'agit d'une arnaque. Pour un stablecoin réellement disponible en Europe, consultez notre article sur les stablecoins et MiCA.
Pourquoi le projet a échoué
Les régulateurs et les banques centrales y voyaient une menace pour la souveraineté monétaire : une monnaie contrôlée par un réseau social de plusieurs milliards d'utilisateurs, sans cadre légal clair. Les inquiétudes sur la protection des données personnelles (Facebook gérant les identités et les paiements) ont fini de fermer les portes.
Libra posait aussi une question de fond : était-ce vraiment une cryptomonnaie ? Sans blockchain ouverte et avec un contrôle centralisé par l'association, c'était plutôt une monnaie d'entreprise, à l'opposé de l'esprit du Bitcoin.
Le projet a malgré tout accéléré la réflexion des régulateurs sur les stablecoins, qui ont mené au règlement européen MiCA.
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